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Angers maville - Entretien avec Noeline Rasoamandrary, créatrice de la start-up Vanilla Bridge

Photographies : Alice Labrousse & Katell Morin

D’origine malgache, Noeline Rasoamandrary a quitté Madagascar en 2011 pour étudier la physique et la chimie des aliments en Chine. Durant trois ans, elle a travaillé sur l’extraction de la vanille. Elle a ensuite poursuivi ses études à l’École supérieure d’agriculture d’Angers (ESA) en Master Food Identity avant de fonder en 2018 sa startup Vanilla Bridge.

 

Comment vous est venue l’idée de commercialiser des produits à base d’extrait de vanille ?

Je suis malgache et quand j’ai quitté mon pays, j’ai eu envie de faire quelque chose lié à Madagascar. La vanille est un produit phare là-bas. On produit 80 à 85 % de la vanille naturelle mondiale. À Madagascar, on ne consomme quasiment jamais de vanille, on préfère l’exporter. Les 20 % mondiaux restants viennent de producteurs en Indonésie, de Tahiti, de la Réunion ou de Papouasie-Nouvelle- Guinée. Beaucoup d’entreprises suisses, allemandes, françaises sont implantées à Madagascar. Je me suis dit qu’il serait bien qu’il y ait une entreprise malgache. Je travaille avec des producteurs du pays et je développe l’extraction ici, à Angers.

Qu’est ce qui fait la valeur ajoutée de vos produits ?

La vanille est un produit assez falsifié, elle est souvent de synthèse. Certains industriels utilisent de la vanille épuisée broyée, c’est-à-dire la vanille récupérée après l’extraction et ils y ajoutent un arôme artificiel. C’est un produit menacé et dans le commerce de la vanille, il y a souvent beaucoup d’intermédiaires. Vanilla Bridge élabore des produits à base de vanille de Mananara, à l’Est de Madagascar, une région où il y a vrai un savoir-faire. Les producteurs respectent les méthodes traditionnelles. Il faut savoir que 60 % de la production vient du nord de Madagascar. Notre service, c’est la personnalisation. Quand je rencontre un pâtissier, un glacier, etc., on discute ensemble du produit qu’il souhaite que je développe.

Quels produits commercialisez-vous ?

Je vends de l’extrait de vanille liquide, de l’extrait crémeux, des gousses de vanille Bourbon, de la vanille en poudre avec grains, des infusions de vanille Bourbon, ce qui permet de valoriser les produits moins esthétiques. Une fiche technique indiquant le pourcentage d’eau est toujours présente sur mes produits. Je travaille seule avec Victor, mon collaborateur qui est étudiant et s’occupe des visuels.

À qui cette offre est-elle destinée ?

Notre offre est dédiée aux professionnels des métiers de bouche. Nos clients sont des pâtissiers, des boulangers locaux comme Régalade avec qui je travaille depuis octobre, des liquoristes comme Giffard avec qui a été développée une liqueur à la vanille en édition limitée. Régalade vendra d’ailleurs bientôt des gousses. Je collabore aussi avec des épiceries fines, des revendeurs aux alentours de Nice. Il y a la possibilité de commander sur le site Internet.

Comment est produite la vanille ?

La vanille est une orchidée qu’on plante avec un tuteur. Il faut environ trois ans pour avoir les premiers fruits. Aux alentours de novembre, on commence la pollinisation. Elle est mature environ 9 à 10 mois plus tard. Dans ma région, on cueille les gousses vers juillet ou août. Il y a ensuite l’échaudage, c’est-à-dire que les gousses vertes sont mises dans l’eau chaude. Ce processus doit être réalisé sous 48 heures à 60 voire 65 degrés. On couvre les gousses dans un tissu pour développer la fermentation et l’arôme de la vanille. On les sort un peu au soleil tous les jours pendant trois mois.

L’éco responsabilité vous tient aussi à cœur…

Oui, Vanilla Bridge est le pont entre les producteurs et les clients, on essaie d’avoir le plus petit circuit possible. On évite d’avoir trop d’emballages et on vend aussi en vrac. On travaille en économie circulaire pour un échange plus humain, valorisant à la fois les producteurs et les produits. Les tisanes permettent par exemple d’éviter de jeter. Vanilla Bridge vend aux personnes qui ont les mêmes philosophies. La société a d’ailleurs reçu le trophée responsabilité sociétale des entreprises le 10 décembre 2019.

La vanille est-elle un ingrédient de luxe ?

En 2017, le kilo coûtait 450 euros. Ce prix est dû au fait qu’il y a eu une chute de production à la suite de changements climatiques. La production mondiale de vanille est de 25 000 tonnes. Madagascar n’a pu produire que 14 000 à 15 000 tonnes à cette période. En 2020, le kilo de vanille se situe encore entre 450 et 500 euros sur le marché mondial.

Vous vous rendez fréquemment à la rencontre des producteurs ?

Ponctuellement. J’envisage de créer une coopérative de producteurs mais ce n’est pas facile à mettre en place. L’objectif de cette coopérative est d’homogénéiser les produits et de développer un cahier des charges ensemble avec 144 producteurs, j’aimerais donc y retourner cette année. Actuellement, on cherche à obtenir l’agrément exportation.

 

Lien de l’article : https://angers.maville.com/actu/actudet_-angers.-entretien-avec-noeline-rasoamandrary-creatrice-de-la-start-up-vanilla-bridge._loc-4130355_actu.Htm 

 

 

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